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Henri Castillo,
Directeur général de l’ACTA pour le
Québec |
Suite à la session d’information organisée
par l’ACTA récemment, ainsi qu’au sondage
effectué en collaboration avec Express Voyage,
voici nos réflexions, recommandations et conclusions
sur le sujet.
Tout d’abord, on doit prendre en considération
les critères de Revenu Canada et Revenu Québec
selon lesquels un travailleur est ou bien salarié ou
bien travailleur autonome. Ces critères ne sont pas nécessairement
plus importants les uns que les autres. Chaque application pour
la désignation comme travailleur autonome est jugée
à partir des réponses données à
ces critères.
Sur la base du sondage d’Express Voyage et un échantillon
tout de même important de 75 agents extérieurs,
nous tenterons de catégoriser les réponses selon
les critères.
Critère I –- Relation employeur / employé
ou relation d’affaires – Contrôle
Aux questions de 1 à 8, le sondage semble bien indiquer
que l’agent extérieur se responsabilise.
À la question 9 a), b) et c), l’agent extérieur
se responsabilise à l’exception d’une ligne
de conduite qui peut être dictée par l’agence
ou le payeur. Ce dernier s’assure aussi que les lois
et règles régissant l’activité
sont respectées. Toutefois, ces dernières ne
sont pas dictées par l’agence mais plutôt
par les organismes qui gouvernent l’activité.
Question 10
L’agent extérieur suivant ses propres besoins.
Les frais sont à sa charge.
Question 11
Selon le sondage, il ressort clairement que l’agent
extérieur est responsable de sa formation et qu’il
en assume les frais.
Question 12
Ici aussi, le sondage indique que l’agent extérieur
est responsable et décide du territoire qu’il
couvre ou veut couvrir.
Question 13
Il n’y a pas eu de réponse précise à
la question. Cependant, il est peu probable que des rapports
écrits ou verbaux soient exigés par l’agence.
L’important ici est de déterminer si les résultats
suivent les ententes entre les deux parties.
Question 14
Le sondage n’a pas indiqué de réponse
à ce sujet. La question ne se pose probablement pas.
En résumé, le sondage semble indiquer
fortement qu’à ce chapitre, un agent extérieur
agit comme travailleur autonome car le payeur ne contrôle
pas les activités du travailleur. Il est largement
libre de décider de la façon d’exécuter
les travaux.
CRITÈRE II – Fourniture de l’équipement
et des outils
Question 9) Le sondage veut que ce soit l’agent extérieur
qui assume l’achat et tous les frais pour les outils,
à savoir ordinateurs, imprimantes, gros ou petits outils,
entretien, matériaux et investissements.
Certaines réponses cependant indiquent que l’agent
extérieur se sert des outils du payeur. Ici la question
est ambiguë. Certes, l’agence assume la responsabilité
contractuelle, par contre, suivant l’entente entre les
deux parties, le payeur retient une partie des commissions
en fonction de son apport.
En résumé, on peut considérer
que de façon détournée, l’agent
extérieur paie pour l’utilisation de ces outils
par le biais du pourcentage de commission qu’il rétrocède
à l’agence.
CRITÈRE III – Profits et pertes
Question 1, 3, 9 Le sondage indique que le travailleur se
porte responsable de ces activités.
À la question 2, les erreurs sont la responsabilité
finale du travailleur mais il n’est pas clair qu’ils
aient une assurance responsabilité. Celle-ci peut être
endossée par le payeur tout en considérant que
le travailleur doit supporter éventuellement les frais
ou charges causées par l’erreur.
Question 10.- Dans la plupart des cas, aucun des avantages
sociaux tels que décrit n’est accordé
au travailleur.
En résumé, dans la majorité
des questions, il semblerait que l’agent ait une implication
financière étendue, peut-être à
l’exception prima facie de l’assurance responsabilité.
CRITÈRE IV.- INTÉGRATION
Définition trop vaste.
La notion d’intégration voulant qu’il y
ait une relation employeur / employé si les activités
du travailleur sont classées au même titre que
celles de l’employeur est trop restrictive dans le sens
le plus large de son interprétation.
La définition générique de l’activité
est la vente de voyages. À ce titre, le travailleur
est dans la même zone d’activités que l’agence
donc se voudrait employé. Cependant, cette définition
est beaucoup trop vaste et ne reflète pas les spécialisations
que l’on retrouve à l’intérieur
de l’activité.
À titre d’exemple, l’on peut en toute
confiance avancer que trois grands segments du voyage existent
:
1.- Le tourisme
2.- Visites de famille ou amis (FVR-Visit Friends and Relatives)
3.- Les voyages corporatifs ou d’affaires
Ces trois grands segments peuvent eux aussi être divisés
en plusieurs sous-segments ou marchés.
A) Le tourisme inclut :
1.- Les forfaits
2.- Les croisières
3.- La visite libre
4.- Le tout inclus
5.- Les tours en autocar
6.- Les voyages en liberté – location de voiture
7.- L’écotourisme
8.- Les groupes thématiques
9.- Les sports
Etc.
B) Le VFR se définit par :
1.- Les voyages ethniques
2.- Une parfaite connaissance du milieu
C) Le Corporatif se compose de :
1.- Les voyages d’affaires
2.- Les incitatifs ou motivation
3.- Les congrès
4.- Les réunions de ventes
5.- Réunions de conseil d’administration
6.- Participation aux foires et salons
Tous les segments ci-dessus font partie de la désignation
« voyages » mais chacun des grands marchés
ou sous-marchés fait aujourd’hui appel à
une spécialisation et l’on retrouve des sociétés
ou individus répondant à ces demandes spécifiques.
Il est impensable qu’une agence moyenne ait une connaissance
universelle de toutes les composantes. Même les grandes
entreprises ont des départements spécialisés
dans certains domaines.
À vrai dire, la personne qui vend un incitatif, qui
incorpore un voyage ou déplacement, ne vend pas nécessairement
des voyages mais plutôt un concept de marketing à
une société.
À ce même titre, un spécialiste en congrès
doit s’occuper de beaucoup d’autres choses et
pas uniquement de voyage.
Un spécialiste pour salons et foires fait partie du
plan d’affaires des participants. Il ne s’agit
pas seulement de voyages mais aussi de contacts, rendez-vous
etc. entre les intéressés.
Il peut donc exister une grande autonomie à l’intérieur
de la désignation générique « la
vente de voyages ».
Donc, au titre d’intégration, dire que
si une personne vend des voyages au même titre que l’agence,
il est de ce fait un employé, n’est pas représentatif
de la complexité et de la spécialisation que
l’on retrouve dans l’industrie du voyage. Une
agence pourrait bien - et elles le font - faire appel à
un spécialiste dans un marché particulier et
être autonome même si les deux, au sens très
large du terme, vendent des voyages.
Une question qui n’a pas été traitée
est la facturation - Un élément important
L’élément de la facturation n’est
pas couvert dans les critères ou encore est-il couvert
sans connaître exactement le processus que les agents
extérieurs utilisent. Les agents répondent qu’ils
s’occupent de la facturation et de la perception des
achats de leurs clients. Encore faut-il ajouter que la facturation
est faite sous le nom de l’agence et non pas sous celui
de l’agent extérieur. Les paiements sont donc
envoyés à l’agence. Ceci peut influencer
la décision à savoir si un agent extérieur
est autonome ou non.
En résumé, les réponses au sondage,
à de petites exceptions près, semblent indiquer
que l’agent extérieur agit en grande partie comme
travailleur autonome.
Si l’on s’en tient à Revenu Canada
et Revenu Québec et à leurs critères,
il semblerait que l’on puisse défendre la cause
et la désignation de travailleur autonome. Mais là
ne s’arrête pas la question.
L’Office de la protection du consommateur
En supposant que l’agent soit désigné
autonome, où se place-t-il par rapport à l’Office
de la protection du consommateur (OPC)? Ce dernier exige que
certaines conditions de base, et non des moindres, soient
respectées pour être autorisé à
vendre des voyages. Par exemple, il faut être détenteur
d’un permis et verser un cautionnement.
En principe, ceci impliquerait que l’agent incorpore
sa raison sociale ou encore l’enregistre. Toutefois,
il est arrivé qu’un organisme non-détenteur
de permis vende des voyages tout en indiquant que ceci est
fait en collaboration avec un détenteur de permis.
Est-ce suffisant? La question exige une réponse.
Les normes du travail
Au-delà de la réglementation de l’OPC,
il y a une autre considération fort importante. Elle
concerne la loi et les critères qui régissent
les normes de travail. Celles-ci semblent plus définitives
même si les critères sont jugés indépendamment
les uns des autres.
La Loi sur les normes de travail est, pour certains critères,
sans équivoque. Si une personne travaille uniquement
pour une agence ou employeur, cette personne est considérée
comme salariée et non comme un travailleur autonome.
Pour avoir la désignation de travailleur autonome,
il faut que l’agent extérieur travaille au moins
pour 3 entreprises. Ce qu’on ne retrouve pas au sein
du voyage. Qui plus est, si le travailleur ne détient
pas un permis d’agent de voyages mais oeuvre sous celui
de l’agence, il doit être considéré
comme salarié.
Cette dernière condition rejoint les exigences de
l’OPC d’après lesquelles un travailleur
autonome doit détenir un permis d’agent de voyages,
satisfaire aux exigences de cautionnement ainsi qu’à
celles des installations physiques.
Conclusions
Suivant le sondage, il semble donc que pour la vaste majorité,
les agents extérieurs doivent être considérés
selon la loi portant sur les normes de travail comme salariés.
On peut toutefois faire appel aux normes du travail si l’on
souhaite une décision individuelle mais cela ne peut
se faire que dans le cas d’une réclamation où
le travailleur veut établir ses droits au niveau des
prestations sociales auxquelles il croit avoir droit, tel
que jours fériés payés, vacances, assurance
chômage, etc.
Pour beaucoup d’agents extérieurs, la désignation
de salarié ou travailleur autonome s’articule
autour de trois éléments :
1) le traitement des dépenses vis-à-vis du fisc
2) les éductours
3) la carte IATA/UFTAA
En réponse à ces questions
1) Revenu Canada ainsi que Revenu Québec permettent
à l’agent extérieur de déduire
des dépenses relatives à son travail qu’ils
soient salariés ou non. Ceci peut inclure des dépenses
pour des éductours. Un ou des justificatifs doivent
être soumis et seront évalués mais le
fisc est clair : c’est possible. Un fiscaliste, peut
à ce titre guider l’agent extérieur.
2) La participation aux éductours relève exclusivement
des prestataires. Cependant, il est assez courant que le prestataire
exige que le/les dirigeants de l’agence signent la demande
de participation et se responsabilise sur la légitimité
de la demande. Tous ceux qui se veulent professionnels du
voyage devrait embrasser cette initiative. Généraliser
cette procédure éviterait en grande partie les
abus.
3) La carte IATA : à ce sujet, la réglementation
est claire. Il faut que, 1) l’agent extérieur
ait au moins 5 000 $ de revenu/voyages dans les derniers 6
mois ou 10 000 $ dans les derniers 12 mois;. 2) Il est nécessaire
que le propriétaire ou la direction de l’agence
signe la demande;. 3) travailler un minimum de 20 heures par
semaine; 4) présenter une copie de son contrat ou de
l’entente avec l’agence. Si cela n’existe
pas, l’ACTA, services des cartes, peut fournir un modèle.
Tel que mentionné plus haut ces 3 éléments
sont ceux qui reviennent le plus souvent quand on traite d’agents
extérieurs, qu’ils soient salariés ou
autonomes. Dans les conditions actuelles, il est très
possible d’être un agent extérieur salarié
et de s’arroger les mêmes bénéfices
qui, on pourrait le croire, s’appliquent seulement aux
travailleurs autonomes.
En terminant, l’on doit souligner que Revenu Québec,
Revenu Canada, les normes de travail et l’OPC ne sont
pas liés les uns aux autres quant aux critères
portant sur le statut ou la désignation de salarié
ou de travailleur autonome.
Donc, selon le cas, on peut être considéré
comme étant autonome selon Revenu Québec ou
Revenu Canada mais être considéré comme
salarié aux yeux des normes du travail du Québec.
Pour ce qui est de l’OPC, même s’il suit
largement les critères de Revenu Québec, la
situation est claire, si un travailleur se considère
ou est déclaré autonome, il doit détenir
un permis d’agent de voyages et satisfaire à
toutes les exigences que cela comporte, incluant avoir œuvré
dans le domaine du voyage pendant au moins deux ans avec preuves
à l’appui.
Quels que soient les cas, l’on ne peut généraliser
en ce qui a trait à la désignation de salarié
ou de travailleur autonome. Chaque application ou décision
est évaluée ou rendue individuellement.
Sans préjudice, il semble à l’ACTA
que, dans le contexte actuel, et selon le sondage d’Express Voyage, le statut d’agent extérieur en ce moment
répond plus à la norme de salarié que
de travailleur autonome.
Nous sommes aussi conscients que ACTA s’était
engagée à présenter un cas type à
Revenu Québec et Revenu Canada dans le but de déterminer
si, selon leurs critères, un travailleur est salarié
ou autonome. Suivant les informations obtenues, il semble
pour plusieurs raisons que cet effort soit plus ou moins utile.
Tout d’abord et au risque de se répéter
1) Revenu Québec et Revenu Canada sont clairs. Toute
demande de catégorisation d’un travailleur comme
salarié ou autonome est évaluée individuellement
selon ses mérites. Il ne peut donc y avoir de généralisation.
De plus, au chapitre relatif aux déductions, un point
qui touche de près les agents extérieurs, le
fisc est aussi clair. Des déductions sont permises
dans la mesure où il y a des justificatifs, que l’agent
soit salarié ou autonome. Donc, il y a peu à
gagner selon la désignation.
2) La situation se complique lorsqu’un travailleur
est jugé autonome. L’OPC entre en ligne de compte
et pour eux la situation est claire également. Si un
agent est autonome, il doit répondre aux normes de
l’OPC et à toutes leurs exigences : installations
physiques, permis d’exploitation, cautionnement, attestation
d’au moins 2 ans d’expérience. Dans ce
cadre, le travailleur devient ni plus ni moins une agence
de voyages. À notre avis, cela ne répond
pas aux attentes des participants à notre session d’information.
3) En dernier lieu, il y a les normes de travail du Québec
qui elles aussi ont leurs critères pour déterminer
si un agent est autonome ou salarié. Leurs normes qui
en principe ne sont aucunement liées à Revenu
Québec ou Revenu Canada sont dans certains cas beaucoup
plus précises tel que mentionné plus haut dans
le texte. Toutefois, elles ne peuvent définir le statut
d’un travailleur comme salarié ou autonome que
si une réclamation ou plainte est rapportée
à leur service.
Dans ce contexte, nous croyons que le verdict ou
l’issue qui pourrait être obtenue pour un cas
type ne serait que symbolique et ne répondrait pas
nécessairement aux revendications prononcées
lors de la session d’information. |