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21 septembre 2005
Dossier commissions à 8% : Le Waterloo de l’industrie?

Partick Samson

Sylvain Lastère, président du
Groupe Atrium
La nouvelle tendance des commissions à 8% ne cesse de faire des vagues dans l’industrie du voyage. Après Nolitours et Tours Mont-Royal, c’est maintenant Vacances Transat qui entre dans la danse des commissions réduites pour ses vols secs.

Cette compétition féroce entre tours opérateurs s’étendra-t-elle à l’ensemble de l’industrie? Comment réagiront les agences de voyage face à une diminution de leurs revenus?

« C’est une avenue suicidaire pour l’industrie », clame sans détour Sylvain Lastère président et directeur général du groupe Atrium. « On nous met à 8% pour des raisons injustifiées. Il est clair que certains grossistes désirent en arriver à la vente en direct, comme en témoignent leurs sites web et leurs publicités. Pourtant, quand 98% de leurs clients sont des détaillants, ils se doivent les considérer et de les respecter. »

Selon lui, ces grossistes sous-estiment l’importance des agences de voyage dans le processus de vente. « Certains ne réalisent pas que les agents leur sont utile. C’est un peu le même débat qu’il y a eu dans le secteur bancaire entre le service au comptoir et celui au guichet automatique », dit-il.

Après une vague de rationalisation de personnel dans les centres bancaires au profit des transactions au guichet, les consommateurs se sont rebiffés. Aujourd’hui, si la plupart des transactions courantes s’effectuent au guichet automatique ou par Internet, il reste que les opérations plus complexes demeurent l’apanage des agents au comptoir. En sera-t-il de même pour l’industrie du voyage? Réserver sa place sur un vol par Internet est une chose, choisir et acheter un forfait de vacances en est une autre.

« Les ventes se font dans les agences de voyage. Un moment donné, il faudra se poser la question suivante : Les agences ont-elles vraiment besoin de tous ces tours opérateurs? »

Pas de mouvement de masse… pour l’instant

Ce ne sont pas tous les tours opérateurs qui ont emboîté le pas à Nolitours et Tours Mont-Royal. Chez Tours Maison/Sunquest, Vacances Signature et Caribesol, on n’entend pas imiter la compétition pour l’instant. Toutes les personnes interrogées ont d’ailleurs tenu à souligner l’apport indispensable des agents de voyage dans l’industrie.

Sam Char, directeur des ventes de Vacances Signature et Solvac
Chez Caribesol, on n’entend pas imiter Nolitours et TMR pour le moment. « Nous allons maintenir le niveau des commissions actuelles et on verra dans les prochaines semaines comment la situation se développe », explique Danielle Frappier. « Présentement, nos ventes sont supérieures à celles de l’année dernière. »

Caribesol fonctionne à marge réduite pour certaines propriétés partagées avec Nolitours et Tours Mont-Royal et, lorsque c’est possible, égalise les prix lorsqu’il y a demande en ce sens de la part d’agents de voyage.

Pour Sam Char, directeur des ventes de Vacances Signature et Solvac, la norme du 8% est appelée à se généraliser même si elle n’est pas appliquée pour l’instant à l’ensemble des produits offerts. « Quotidiennement, on nous demande d’égaliser les prix de la compétition. Nous avons toujours le choix de le faire ou non. Toutefois, lorsque nous décidons d’égaliser le prix d’un forfait, nous le faisons au même taux de commission que le concurrent. »

Danielle Frappier, directrice des ventes chez Caribe Sol
Reste que l’entreprise ne prévoit pas imiter la concurrence dans un avenir rapproché. « Je crois en l’efficacité du réseau de distribution actuel. Nous ne touchons pas à notre structure de commissions pour le moment. Nous préférons étudier la situation avant d’agir. À mon avis, les agences ne doivent pas seulement vendre un prix, elles doivent vendre une destination, un produit. »

Si l’offre de produit chez Solvac était restreinte à 10% de la capacité totale du groupe, Sam Char n’exclut pas de faire passer cette proportion à 15% ou 20% dans le futur. « Solvac offre depuis un certain temps une structure de commissions entre 8 et 10% pour enrayer le phénomène des achats de dernière minute et des soi-disant tarifs réduits offerts par la compétition », explique-t-il.

Selon lui, la clientèle québécoise est plus sensible au prix et elle a tendance à réserver plus tard que celle du reste du pays. Solvac offre donc des forfaits abordables pour ceux qui recherchent de bons rapports qualité prix.

Manon Blouin, vice-présidente et directrice générale de Vacances Sunquest
Chez Vacances Sunquest, c’est « business as usual », comme l’explique Manon Blouin, vice-présidente et directrice générale de l’entreprise. « Nous sommes chanceux d’avoir peu de produits en concurrence directe avec Nolitours et Tours Mont-Royal. Nous n’avons donc pas eu à modifier nos taux de commissions. »

Louise Collignon, porte-parole de Vacances Transat
Du côté de Vacances Transat, on ne cache pas que l’application de taux de commissions à 8% sur les vols secs est une réponse directe à Nolitours. « C’est un produit non différencié de celui de Nolitours, nous devions demeurer concurrentiel », explique Louise Collignon, porte-parole de Vacances Transat. « Mais cette politique ne s’étendra pas aux autres produits que Vacances Transat offre, pas plus qu’au reste du Groupe Transat. »
L’hiver s’annonce chaud dans l’industrie
Sylvain Lastère ne comprend pas que des agents acceptent sans broncher la baisse de commission imposée par Nolitours et Tours Mont-Royal. « Il semble que certaines personnes ne pensent qu’au court terme. Chacun se négocie des ententes avec les grossistes dans l’espoir d’arracher un ou deux pourcent de plus. Mais ils ne réalisent pas l’erreur qu’ils font en acceptant les commissions réduites. Présentement, c’est 8%. Dans quelques années, lorsque ce sera répandu dans l’industrie, quelqu’un va abaisser les commissions à 5%. »

Pour lui, cette lutte qui s’engage entre les grossistes et les agences de voyage revêt une importance capitale. « C’est notre Waterloo. On va gagner ou perdre cette bataille, mais son résultat changera à tout jamais l’industrie », dit-il.

Selon Sylvain Lastère, les prix et commissions à la baisse auront un impact sur le consommateur. Il estime que les vols directs pourraient être remplacés par des vols avec connexion ou transferts. « C’est déjà le cas dans 95% des forfaits de croisière. »

« Cette tendance a pour effet de drainer les prix vers le bas », explique Sam Char. « Pourtant, nous avons tous des coûts opérationnels presque identiques. C’est donc la profitabilité qui en prend un coup. Deux dangers pointent à l’horizon. D’abord, cette tendance risque d’attirer tous les tours opérateurs vers le bas. Ensuite, on donne le message aux consommateurs qu’ils n’ont plus à attendre à la dernière minute pour profiter de prix réduits. »

Reste que c’est une saison hivernale qui s’annonce chaude dans l’industrie. Selon tous les observateurs interrogés, il est prématuré de dire si la baisse des commissions, et par conséquent de la profitabilité, entraînera une vague de fusion dans l’industrie. Pour la suite, il faudra donc attendre.