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19 mars 2008

Sol Cohen, femme de cœur, femme de tête
Véronique Leduc

Elle est née au Maroc et a vécu en Espagne et en France avant de s’installer au Québec et d’y élever ses trois enfants.  Elle parle de son pays d’accueil avec émotions et s’est même battue pour y ouvrir un lien aérien avec le Mexique.  Elle s’est habituée à la neige d’ici et cite Jean-Pierre Ferland pour parler de la beauté des femmes.  Portrait d’une femme forte, fière et enflammée : Sol Cohen.

Sol Cohen en voyage en Israël
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Sol Cohen n’a pas une vie ordinaire!  Née au  Maroc d’un père espagnol et d’une mère anglaise, elle parle le français à l’école et l’espagnol chez elle.  Elle grandit dans ce pays d’Afrique du Nord, y rencontre l’homme de sa vie et a deux jolies filles.  Puis à un moment, la petite famille décide qu’il sera mieux d’aller vivre ailleurs.  « Si on a décidé de quitter le Maroc, ce n’était pas de plein gré, explique Sol.  Dans ce pays, au début, c’était le protectorat français, mais à partir du moment où ils ont eu l’indépendance, tous les européens sont partis. »  La famille part donc vivre en France, à Paris, puis en Espagne mais n’y trouve pas sa place.  Malgré les descriptions apocalyptiques que quelques membres de la famille élargie déjà installés au Québec dressent de l’hiver, Sol Cohen et son mari décident de tenter leur chance et de venir y vivre.  « Vous savez, on vit très bien ici, les gens ne savent pas la chance qu’ils ont d’être dans un beau pays organisé et d’y vivre en sécurité et en confiance.  La neige?  Ce n’est pas grave, on s’arrange, et puis c’est beau quand même!  Nous, on n’a jamais regretté. »  Elle est ici depuis 34 ans maintenant, son mari tient depuis 28 ans une boutique de vêtements pour hommes dans le centre-ville et ils ont eu depuis ce temps un fils né au Québec. 

Un emploi sur mesure

Au Maroc, elle travaillait dans le milieu du voyage, qu’elle aimait bien.  À son arrivée ici, après un an d’adaptation, elle trouve un travail dans une agence de voyages.  Il ne suffit que de trois mois pour qu’elle trouve autre chose chez AéroMexico compagnie qui part en affaires au Canada et qui cherche quelqu’un qui a de l’expérience dans le domaine et qui parle espagnol.  Sol Cohen est la personne toute désignée!  Elle y reste 12 ans et gravit les échelons jusqu’à devenir directrice des ventes.  Quand la compagnie ferme ses portes, elle entre comme agente générale dans une autre compagnie d’aviation où elle travaille pendant deux ans. 

Par ici Mexicana!

Puis en 1994, dans le milieu du voyage depuis plusieurs années, une idée vient à elle.  « À cette époque, je me suis dit que cela n’avait aucun sens, avec tous les accords de commerce entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, qu’aucun vol direct entre Montréal et le Mexique ne soit disponible. »  Pour elle, c’est clair : le besoin est là.  Elle tente de voir avec ses connaissances quelles sont les possibilités, mais personne ne croit en son projet.  Elle se rend dans les salons et les foires, parle de son idée, prend des informations, fait une étude et monte un dossier qu’elle montre à Mexicana, compagnie d’aviation mexicaine qui œuvre depuis 75 ans au Mexique et en Amérique du Sud…en vain.  Mexicana lui propose plutôt d’être agente générale.  Ce qu’elle accepte finalement après plusieurs refus en se disant qu’au moins, elle aura déjà un pied dans la compagnie si celle-ci décide un jour d’offrir des vols Montréal-Mexico. 

Sol Cohen à son bureau
« Puis enfin, au bout d’un an et de beaucoup de misère, ils m’ont dit : bon ça va! »  Ainsi, en 1996, pour la première fois, Mexicana offre un vol par semaine au départ de Montréal.  Puis un au départ de Toronto un an plus tard.  C’est seulement à ce moment là, que la compagnie engage un gérant pour la Ville reine et demande à Sol Cohen de s’occuper du Québec et des Maritimes en tant que directrice des ventes.  La demande se fait de plus en plus forte et chaque année, Mexicana offre un vol de plus jusqu’à offrir des vols quotidiens vers Mexico au départ de Montréal et de Toronto et encore plus durant l’été.  Et c’est sans compter les 11 vols par semaine de Vancouver et l’ouverture en juin prochain de Edmonton et de Calgary...  « On a commencé avec un vol par semaine et aujourd’hui, on est à plus de 30!  Quand on croit à quelque chose, il faut se battre pour.  Je ne savais pas vraiment où tout cela allait me mener mais j’y croyais et je voulais travailler avec le Mexique.  Il fallait que je crée mon travail », explique cette femme de tête.

Et après 12 ans, elle parle toujours de son travail avec passion.  « D’abord, j’aime beaucoup les mexicains.  On dit qu’ils sont machos, mais ce n’est pas vrai du tout!  La preuve?  Ils m’ont nommé directrice des ventes il y a 30 ans…  J’aime aussi l’aspect de la formation continue du milieu.  On apprend toujours, sans arrêt.  Et puis mon travail, il est passionnant parce que ce n’est jamais la même chose.  C’est très agréable! »

Esprit de famille

Sol Cohen entourée de sa famille lors d'un voyage en Israël
Quand on lui demande ce qui la passionne en dehors de son travail, elle se retourne, cherche quelque chose sur son bureau, prend une photo et dit « Je vais vous la montrer ma passion.  Ce sont mes enfants. »  Sol Cohen est aussi grand-mère deux fois, bientôt trois.  Une de ses filles vit en Arizona et son fils est installé en Israël.  « S’ils sont heureux là-bas, qu’est-ce que je peux faire? »  Même si elle est un peu éparpillée, la petite famille fait tout ce qu’elle peut pour se voir le plus souvent possible, « parce que c’est très important, la famille »…  

Il faut dire que ces trois jeunes adultes, qui voyagent beaucoup, ont eu devant eux l’exemple de leur mère.  « Dans ma vie, j’ai beaucoup voyagé.  D’ailleurs, nous revenons tout juste de Puerto Vallarta.  Sinon, j’aime beaucoup aller au Mexique, où je vais très souvent, et en Europe.  Le Maroc?  Non, je n’y suis jamais retournée.  Un jour peut-être… »

D’ailleurs celle qui a vécu un peu partout et qui s’est battue pour ses idées nous donne son secret, ne jamais regarder en arrière pour pouvoir mieux s’adapter et aller vers l’avant…



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