Entretien avec les dirigeants du tour-opérateur Anne-Marie Santos
Dans le cadre du 40e anniversaire de Tours Mont-Royal, fondé en 1969, ExpressVoyage.ca vous propose une entrevue avec trois dirigeants du grossiste : Yvon Michel, président; Michel Parent, vice-président exécutif et finalement, le nouveau venu, Benoît Deshaies, vice-président ventes, marketing et communication. Voici donc le compte rendu de cet entretien qui dresse un bilan des 40 dernières années.
ExpressVoyage.ca : Dressez-nous un petit historique de la fondation de Tours Mont-Royal et de votre arrivée chez le grossiste
Yvon Michel : Tours Mont-Royal a été fondé en 1969 par André Gingras qui était à l’époque propriétaire de l’agence Voyages Gingras. Par la suite est née la volonté de créer des groupes d’agences avec un nom neutre, c’est de là qu’est parti Tours Mont-Royal. Il faut dire que le concept de grossiste est relativement récent. Il est né de la possibilité de créer des charters, autour de 1975. TMR a débuté son action de grossiste avec la mise sur pied de son premier programme sur le Mexique. Ça commencé avec des petits groupes de 20 personnes, puis 40 et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’on se demande comment on pouvait faire pour avoir un avion au complet.
Plus tard, en 1976, TMR a été incorporé et est devenu par le fait même une entité séparée de Voyages Gingras. André Gingras s’est associé avec Jean-Claude St-Arnaud qui arrivait de CPR et c’est ainsi que j’ai intégré TMR car j’étais en charge des Ventes et réservations chez CPR. À mon arrivée en 1978, on comptait environ 12 000 clients par année. C’est surtout depuis 1980 que le métier de tour-opérateur est devenu plus important car le volume devenait suffisant pour combler des avions. Aujourd’hui, on compte plus de 200 000 voyageurs par année. On n’a jamais cessé d’évoluer.
EV : Quelles sont les plus grandes réalisations de Tours Mont-Royal à travers les années?
Michel Parent : Notre plus grande réalisation, c’est sans aucun doute d’être la plus grande entreprise privée car les charters sont des « business » à haut risque.
YM: En effet, c’est un choix stratégique que Tours Mont-Royal a fait. Notre niche, c’est d’être le spécialiste du Québec, et donc de comprendre et bien servir les Québécois. Ça nous a bien servi jusqu’à maintenant. Cette niche sera là pour longtemps car au Québec, nous sommes différents.
EV : Vous n’envisagez donc pas de vous associer à un autre tour-opérateur national pour vendre vos produits au reste du Canada ?
MP : Nous avons eu plusieurs offres, mais nous les jugions non-pertinentes. Tout est une question de « timing », peut-être que ça viendra un jour.
YM : Oui, car il ne faut pas se cacher que la mondialisation est à nos portes. On n’est pas à l’abri d’un éventuel partenariat. Nous sommes connus des grands joueurs de l’industrie, ce serait donc dans la logique des choses de s’associer éventuellement. Mais nous ne sommes pas en panique de précipiter les choses.
EV : Votre partenariat avec CorsairFly a-t-il été une étape marquante dans l’évolution de TMR ?
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| Yvon Michel, président de TMR | | YM : En effet oui, ça l’a été. L’opportunité avec CorsairFly est arrivée au bon moment, tout juste après la faillite de Nationair, qui était notre principal fournisseur de vols à l’époque. Je qualifie ce partenariat avec CorsairFly comme étant un « perfect match » c’est-à-dire qu’on réussissait à combler notre période d’inactivité l’été, alors que pour eux, c’était l’hiver. Résultat : on avait réussi à développer un programme d’été substantiel. En même temps, ça nous a donné l’opportunité de devenir réceptif pour les touristes français ici au Québec . On en compte près de 35 000 par année maintenant.
EV : Vous êtes donc impliqués de part et d’autre de l’industrie?
MP : On a en effet touché à toutes les facettes de A à Z du tourisme. Nous avons eu une compagnie aérienne, Air Club International, qui exploitait des Airbus 310 peu après la guerre du Golfe. Nous avons aussi développé le plus gros réseau d’agences de voyages, sans parler de l’hôtel que nous avions acquis à Cancun. Tout ça pour se rendre compte que ce que l’on faisait de mieux, c’était d’être tour-opérateur. Et en tant que tour-opérateur, notre mission, c’est d’être constamment à l’écoute du marché québécois.
EV : Quels ont été les plus grands obstacles ces 40 dernières années ?
MP : Chaque année apporte son lot d’obstacles. Que l’on pense aux attentats de 2001, la tempête de verglas, la guerre du Golfe, le SRAS, le « bogue » de l’an 2000, les multiples ouragans. Mais l’un des plus grands obstacles que nous avons dû confronter est sans aucun doute la faillite de Nationair où l’on a été obligé de replacer 12 000 clients en un seul week-end. Nous comptons parmi les seuls à s’être relevé de cette épreuve. Nous avions un besoin éminent de sièges à cette époque qui a été comblé par Air Club International, puis par Air Transat par la suite.
EV : Qu’en est-il de ce partenariat avec Air Transat ?
YM : Les gens nous demandent souvent pourquoi nous nous entendons bien avec Air Transat alors qu’on offre sensiblement les mêmes produits Sud. En fait, c’est qu’à la base, nous nous complétions très bien. Air Transat était très fort en Europe, donc bien occupé durant la période estivale et très peu l’hiver. Nous c’était le contraire, notre force était le Sud en période hivernale. On comblait donc nos besoins de sièges, alors qu’eux réussissaient à remplir leurs avions en période morte. Aujourd’hui, nous sommes conscients de la concurrence entre Vacances Air Transat et Tours Mont-Royal, mais tout s’effectue sainement.
EV : Quelles sont à l’heure actuelle vos destinations les plus populaires ?
YM : C’est encore et toujours Cuba. Nous l’offrons depuis 1984 et depuis les tout débuts, la destination est toujours aussi populaire. En deuxième place, on retrouve la République dominicaine et le Mexique. Toutefois ce dernier perd de sa popularité avec les années, à l’exception de Cancun et la Riviera Maya. (EV : TMR propose aujourd’hui 313 hôtels dans 38 destinations réparties sur 10 pays)
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| Luce Prud'homme et Lucie Veillet | | EV : L’équipe de Tours Mont-Royal compte plusieurs employés. Qui sont les vétérans au sein de celle-ci ?
YM : Nous avons un bon groupe de vétérans au sein de Tours Mont-Royal. Pour la plupart, ça fait maintenant au-dessus de 20 ans qu’ils travaillent pour nous. Presque tous nos employés clés sont toujours là. Je pense notamment à Luce Prud’homme et Lucie Veillet. Il y a certainement eu plus de renouvellement des patrons que d’employés au cours des années et c’est bon pour l’entreprise car ça nous permet de re-fixer nos objectifs et notre mission.
EV : Quels sont les grands défis à venir pour Tours Mont-Royal ?
Benoît Deshaies : L’un de nos plus grands « challenge », ce sont les fournisseurs qui vendent en direct, comme WestJet le fait dans l’Ouest en ce moment. La tendance est rendue là.
YM : On peut aussi dire que l’évolution du métier est un défi en soi car tout va de plus en plus vite surtout avec l’Internet. On doit toujours se référer au site Web pour connaître les prix du moment. L’analyse des prix des forfaits, c’est un peu comme la Bourse maintenant, ça change toujours !
ExpressVoyage.ca tient à remercier Yvon Michel, Michel Parent et Benoît Deshaies pour leur temps et leur contribution à cette entrevue. |