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Lundi, 26 janvier 2009

Ces maladies qui ruinent les vacances
Anne-Marie Santos
Dre Dominique Tessier, experte en la matière
Les forfaits « tout inclus » constituent un choix très populaire chez les voyageurs canadiens. En cette période d’incertitude économique, les Canadiens sont de plus en plus nombreux à se tourner vers ce choix à prix réduit dans des centres de villégiature au Mexique et dans les Antilles principalement. Toutefois, ce type de vacances peut exposer les voyageurs à de grands risques pour leur santé par insouciance ou même par ignorance. Manger une salade pour accorder une pause santé à votre corps, boire un daiquiri composé de glace concassée pour se rafraîchir ou se brosser les dents à même l’eau dite potable de l’hôtel peut nuire gravement à la santé du voyageur qui effectue ces choix sans trop y réfléchir. Après avoir commis ces imprudences, on se rend vite compte que le « forfait tout inclus » si attrayant à la base comprend plusieurs petits extras dont on aurait bien voulu se passer.

Ces risques sont souvent engendrés par un manque d’information chez le voyageur. On s’aperçoit rapidement que la célèbre pensée traditionnelle du « ça n’arrive qu’aux autres » s’avère être une réalité beaucoup plus courante que l’on ne le pense. Pour répondre à ce besoin d’information, ExpressVoyage.ca s’est entrenu vendredi dernier avec Dre Dominique Tessier, experte en la matière et directrice médicale, Cliniques santé voyage Medisys, à propos des maladies d’origine alimentaire et hydrique ainsi que sur les importantes vaccinations à envisager avant de partir pour le Mexique ou les Antilles.

ExpressVoyage.ca: Quelles sont les maladies auxquelles les voyageurs canadiens sont le plus facilement exposés lors d’un voyage dans le Sud?

Dominique Tessier: L’hépatique A, la diarrhée du voyageur et la fièvre typhoïde.  La malaria est également courante en République dominicaine, plus particulièrement à Punta Cana.

EV: Pouvez-vous nous décrire ces maladies, leurs symptômes et les dangers encourus en les contractant?

DT: L’hépatite A est une infection du foie qui peut donner plusieurs semaines après l’infection des symptômes de l’ordre des nausées, vomissements, fièvre, fatigue et parfois même une jaunisse. Une personne adulte qui contracte une telle infection peut être assez malade et devra sans doute être en isolement pendant quelques jours et s’absenter du travail jusqu’à concurrence de quatre semaines. C’est une maladie qui a une longue incubation, de 40 à 60 jours en moyenne, il est donc courant que les gens ne fassent pas le lien entre leurs symptômes et la période de leur voyage. Les médecins ne penseront pas non plus au test de l’hépatite A s’il n’y a pas de jaunisse car ce sont quand même des symptômes assez généraux. Aussi, d’autres membres de la famille peuvent être infectés. Il y a effectivement un risque de transmission fécale-orale, dans les situations où les mesures d’hygiène ne sont pas 100% respectées.

Un paradis qui recèle quelques mauvaises surprises
La diarrhée du voyageur, communément appelée la « tourista », est souvent perçue comme un mal nécessaire et inévitable en voyage alors que ce n’est pas du tout le cas. Si l’on parle des destinations soleil, on estime qu’environ 60% des voyageurs la contracteront. Par contre, dans certaines destinations et selon les activités pratiquées, ce taux peut grimper à 80% par exemple dans les pays en voie de développement, l’Amérique centrale tout particulièrement, surtout si l’on est dans des conditions modestes. C’est aussi valable pour les pays comme le Mexique et la République dominicaine où l’on demeure à l’extérieur des complexes touristiques luxueux. Pour ce qui est des symptômes, évidemment les gens connaissent les effets de la diarrhée.

La fièvre typhoïde est une autre infection intestinale qui elle aussi s’attrape par de l’eau et des aliments contaminés. Les symptômes sont une fièvre importante avec une constipation occasionnelle et rarement une diarrhée. Elle est souvent accompagnée de symptômes plus généraux ressemblant à ceux de l’hépatite. Il peut s’agir d’une infection assez sévère pouvant se répandre dans le sang, il y donc une possibilité d’engendrer des complications sérieuses pouvant mener jusqu’à la mort. On parle d’environ 4% de décès chez les 50 ans ou plus, ce n’est donc pas banal.

En ce qui concerne la malaria, la République dominicaine est toujours sous alerte. Il n’existe pas de vaccin contre la malaria, mais bien des médicaments dont il prévaut de se prémunir avant le départ. Les effets se manifestent dans les trois mois suivant l’infection et peuvent se traduire par une très forte fièvre. Comme toutes les infections, la contraction de la malaria peut réveiller le parasite en incubation dans notre foie. Toutefois, les symptômes peuvent être très généraux, à commencer par une infection urinaire ou une diarrhée, accompagnée d'une fièvre très élevée frôlant les 40 degrés. Devant ces symptômes, les voyageurs de retour de cette destination devraient demander un test pour dépister la malaria, avec ou sans prise de médicaments qui sont toutefois efficaces à 99%.

Devant n’importe quel symptôme particulier suite à un voyage effectué au Mexique ou dans les Antilles, le patient devra le mentionner à son médecin pour qu’il puisse procéder à un diagnostic exact.

EV: Qu’est-ce qui nous rend particulièrement vulnérable à ces infections lors de nos voyages?

DT: Les visiteurs ne sont pas particulièrement plus vulnérables que les locaux. Généralement, les habitants de la région seront atteints par la maladie à un très jeune âge et ceux qui survivront à ces infections développeront une certaine immunité par la suite, ce que nous n’avons plus. Tout le monde est à risque.

EV: Quelles sont les précautions à prendre lors des voyages effectués dans ces régions à risque?
 
DT: Tout d’abord, il est primordial de consulter un médecin ou un expert en voyage avant de partir. Il ne faut pas simplement se fier à son agent de voyages ou à un ami, il faut consulter une personne avec une expertise médicale. Il faut aussi mettre les vaccins en priorité sur notre liste de préparatifs de voyages. Il est sans doute plus important d’être vacciné pour préserver sa santé, plutôt que de s’acheter un troisième maillot de bain! Ces maladies sont souvent banalisées, mais il faut apprendre à mettre ses priorités où il le faut! Obtenir une prescription d’antibiotiques avant le départ peut également être très utile. Ceci évitera de dépenser une fortune en frais de consultation à destination et réduira les risques d’autres infections car ce sont des pays qui réutilisent beaucoup les aiguilles.

Les cocktails tropicaux constituent un haut risque de contraction de maladies
Ensuite, il faut, bien entendu, faire attention à l’eau et aux aliments. Même si l’on dit que l’eau est potable à l’hôtel, il faut garder en tête que nos organismes ne sont pas habitués à ce type d’eau et que l’on court un risque élevé en la consommant.

Il faut éviter la laitue en voyage car elle est lavée avec de l’eau couramment contaminée. C’est d’ailleurs le cas de tous les fruits et légumes qui ne sont pas pelés ou cuits. C’est un pays d’abondance en ce qui a trait aux mangues, papayes, melons et ananas, mieux vaut profiter de ces fruits plutôt de d’opter pour des fraises ou des tomates par exemple. En voyage, ce n’est pas le temps de s’attaquer à un régime pour mieux se sentir dans son maillot de bain! Et pour les enfants, on leur permet de manger de la nourriture de type « fast food » car elle est souvent plus sécuritaire que les aliments dits santé mais qui sont à risque dans ces pays.

Il faut garder en tête que l’eau bouillie est encore plus sécuritaire que l’eau en bouteille. Alors partout où l’on a accès à de l’eau bouillie, on opte pour ce choix. Par exemple, si notre chambre d’hôtel est munie d’une cafetière, nous devrions l’utiliser pour se munir d’eau pour se brosser les dents.

Il faut faire les bons choix en vacances. On opte pour les boissons dites sécuritaires telles que la bière et les boissons en bouteilles par exemple. Puis, au lieu de refroidir sa boisson par des glaçons, on demande d’avoir un verre glacé ou on se prémunit de glaçons en plastique à garder congeler dans sa chambre d’hôtel.

Il est important de se servir de son gros bon sens en voyage. Les traumatismes constituent la principale cause de décès chez les jeunes voyageurs, dont les noyades en état d’ébriété. Tout comme ici, il faut consommer avec modération et ne pas s’adonner à des activités à risque comme la conduite ou la baignade.

Il faut mentionner que 98% des voyageurs commettent des imprudences dans les premières 72 heures de leur séjour.

EV: Quelles sont-elles?

DT: Tout d’abord, le fameux cocktail de bienvenue. S’il s’agit d’un verre de vin ou de bière, il n’y a pas d’objection. Cependant, les cocktails à bas de jus de fruits, mélangés avec de la glace concassé et un petit fruit trempé dans le mélange présente un risque d’être contaminé. Dès l’arrivée dans la chambre, on se rafraîchit, on se brosse les dents puis on oublie qu’il y a encore là un risque élevé. Ce sont des gestes simples et irréfléchis, mais ce sont ce type de décisions banales qui peut nous exposer à des infections graves.

EV: Quel message aimeriez-vous passer tant au voyageur qu’à l’agent de voyages qui vendent couramment ce type de voyages?

DT: Pour tous les voyageurs vers une destination soleil, la vaccination devrait être une priorité.

EV: La vaccination est-elle réellement une valeur sûre?

DT: La plupart des vaccins sont efficaces à près de 100%, donc une fois administrés, on peut partir la tête tranquille et profiter pleinement de ses vacances.

EV: N’y a-t-il pas un risque d’interaction entre les vaccins?

DT: Le nombre d’allergènes différents qui vont entrer dans votre corps si l’on vous donne quatre vaccins la même journée est plus que 10 fois moindre que votre premier repas que vous allez prendre à destination. La simulation du système immunitaire est très faible et sert à préparer votre corps à contrer toutes formes d’infections.



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