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18 avril 2006

Une femme pleine de bonté
Éva Lecouteur-Bédard

Même si Nicole Labonté a décidé de prendre sa retraite l’automne dernier, elle ne s’arrêtera jamais complètement.  Elle prend seulement sa retraite du 12 heures par jour, 7 jours par semaine.  «Cette année, j’ai reçu à Pâques, pour la première fois en dix ans!»  Nicole comptait bien profiter de ce congé pour passer un peu de temps en famille, avec ses deux filles.

Nicole Labonté, consultante en tourisme, possède un long parcours qui, selon elle, tient plutôt du hasard.  Elle a d’abord complété des études en journalisme, puis a commencé sa carrière dans le domaine du tourisme comme directrice pour le défunt magazine Marketing Voyages, en 1978.  «À l’époque, comme j’étais une femme, les postes [de journaliste] que l’on m’offrait étaient pour la chronique tricot ou cuisine.  J’ai toujours détesté la cuisine et le tricot!», blague-t-elle.  Nicole s’est donc retrouvée au sein de Marketing voyages, à temps partiel, puisqu’elle élevait ses enfants, dont une assez malade.  «Je ne recherchais pas nécessairement une carrière à plein temps, mais je me suis fait prendre…»  Emportée par sa passion pour le métier, elle est passée d’une ou deux journées de travail par semaine à… toute la semaine.  «Le magazine battait de l’aile, alors j’avais été engagée pour le relever», explique-t-elle.

Deux ans plus tard, en 1980, elle fonde son propre magazine, Tourisme Plus.  «Personne ne croyait qu’il tiendrait la route», affirme Nicole.  Elle en a été l’éditrice et la rédactrice en chef jusqu’à ce qu’elle le vende à Les Affaires.  Nicole Labonté délaisse ensuite le domaine de l’édition pour s’orienter vers la représentation.  Elle fonde une compagnie de représentation touristique; elle a représenté Cuba et ouvert le premier bureau de tourisme de Cuba à Montréal, a réalisé des travaux occasionnels pour la Floride puis a obtenu un contrat d’exclusivité avec la ville de Virginia Beach  pour ensuite représenter l’État de la Virginie.  Elle se consacre à la Virginie pendant 12 ans.  Nicole a vendu ce bureau l’été dernier et aujourd’hui, elle agit comme consultante, en prenant quelques contrats à la pige ou en donnant des conférences.

Le voyage dans l’âme

Si Nicole Labonté avait choisi de faire autre chose… elle n’aurait pas vraiment fait autre chose!  Elle croit qu’elle aurait été dans les relations publiques d’un hôtel ou d’un pays.  «Quand j’ai laissé le domaine de l’édition, ça a été naturel pour moi d’ouvrir une boîte de représentation», exprime-t-elle.  Mais l’industrie du voyage ne semblait même pas être une option.

Des endroits, Nicole en a visité plusieurs.  Son coup de cœur s’est cependant arrêté sur les Îles Galapagos, au large de l’Équateur.  Pour les paysages, les animaux, les leçons que l’on peut retirer de la nature.  «L’animal n’est pas foncièrement méchant; l’humain, oui.  Là-bas, on est sur leur territoire, alors on leur doit respect.  Si on avait assez d’argent pour y emmener les ados en rébellion, ils y comprendraient beaucoup de choses».  Selon Nicole, tous les pays, même les plus pauvres, ont de belles choses à offrir.  D’ailleurs, elle a de très belles leçons à donner aux voyageurs.  «Si tu pars avec des problèmes en pensant les faire disparaître, au retour, ils vont t’attendre.  Les voyages ne règlent pas les problèmes.», raconte-elle.  «Ce qui compte, ce n’est pas ce que tu mets dans ta valise, mais ce que tu traînes en dedans.  C’est d’abord entre les deux oreilles et dans le cœur.»  Elle ajoute : «C’est une question piège de demander à une personne quel est son plus beau voyage, parce que cela dépend toujours de comment tu feelais au moment où tu l’as fait.»  À ses dires, c’est à ce moment que le rôle de l’agent de voyages est primordial; il doit en quelque sorte deviner l’état d’âme du client afin de bien le conseiller.  «J’ai beaucoup d’admiration pour les agents de voyages; ils travaillent très fort.» 

La belle époque (1980-1993)

Ce dont elle est certainement le plus fière, c’est d’avoir réussi à traverser les années faciles comme les années difficiles.  «J’ai connu la belle époque, celle où le voyage était un rêve, où les commissions aux agents de voyages étaient bonnes et le marché, florissant.  Après, c’est devenu plus difficile.».  À l’époque, le président de British Airways avait déclaré lors d’une réunion à laquelle Nicole assistait, que dans quelques années, il ne resterait que 10 lignes aériennes dans le monde.  «Nous l’avions regardé de travers.  Mais au fond, il n’avait pas tout faux.»

Elle se dit satisfaite d’avoir réussi à tirer son épingle du jeu, sans avoir à faire des choses qu’elle aurait regrettées.  Si Nicole avait le pouvoir de changer une facette de l’industrie, elle enlèverait tous les gens malhonnêtes qu’elle voit, depuis 30 ans, revenir sous d’autres identités ou noms de compagnies.  «Je me demande comment ils font pour toujours revenir.  Je trouve aberrant qu’on les laisse faire.»  Malgré cela, elle trouve que le domaine du voyage demeure un très beau domaine.  «J’ai de l’affection pour tout le monde», ajoute-elle. 

Les personnes en tant que telles sont d’ailleurs ce qui lui manquera peut-être, une fois retirée.  «Mais j’aurai l’occasion de les revoir.  Je crois que j’ai fait mon temps, je ne pense pas m’ennuyer.»   Elle ajoute : «J’ai eu la chance de rencontrer des gens exceptionnels et formidables et Dieu merci, j’ai eu l’intelligence de les apprécier.»

Nicole Labonté n’envisage pas de plans précis pour remplir les temps libres de ses jours de retraite.  «Je suis encore à la recherche et à la découverte des choses qui m’intéressent.  Je suis sûre que la vie me réserve encore pleins de belles surprises.»  Elle compte d’abord se rapprocher de sa famille et des amis qu’elle aurait pu négliger.  «Ça va être l’occasion de renouer et de leur donner un petit peu plus d’attention et de temps.»

Nicole conclut, sur une note remplie de sagesse : «Le domaine du tourisme est une très belle école de la vie.»



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